FLUTE, ou Pinque, Een Fluit, Een Fluit-schip.
C'est un bâtiment de charge appareillé comme les autre vaisseaux, mais fort plat de varangues, & dont les ceintes vont de telle sorte, depuis l'étrave jusqu'à l'étambord, qu'il est aussi rond à l'arriére qu'à l'avant, aiant le ventre si gros, qu'il a une fois plus de bouchin vers le franc-tillac qu'au dernier pont. On donne en France le nom de Flûte, ou de vaisseau armé en flûte, à tous les bâtimens qu'on fait servir de magasin, ou d'Hopital, à l'armée navale; ou qui sont emploiez au transport des troupes, quoiqu'ils soient bâtis à poupe quarrée, ou à cul quarré, & qu'ils aient été autrefois en guerre. Voiez, Vaisseau.
"Comme la grandeur la plus commune des Flûtes, est à peu près de cent-trente-pieds, c'est aussi le devis d'une flûte de cent-trente pieds de long, de l'étrave à étambord, vingt six pieds & demi de large, & treize pieds cinq pouces de creux, qu'on donne ici.
La hauteur du haut pont est de cinq pieds six pouces, soit qu'il y ait un acastilage, ou des gaillards à l'avant & à l'arriére, ou qu'il n'y en ait pas. La plus basse préceinte a douze pouces de large & cinq pouces & demi d'épais; la fermure au dessus, douze pouces de large, & la préceinte aussi douze pouces. La fermure des sabords a deux pieds sept pouces de large, & la préceinte au dessus un pied. La fermure au dessus a dix pouces de large, & la préceinte dix pouces. La fermure au dessus a huit pouces de large, & la lisse de vibord, huit pouces.
Une Flûte destinée pour naviguer dans la mer Baltique, qui a cent pieds de long, de l'étrave à l'étambord, doit avoir à peu près vingt deux pieds de large de dedans en dedans, & onze pieds de creux; & sur ce pied la elle est du port de cent lastes.
Si elle a cent quinze pieds de long, & vingt trois pieds & demi de large, elle peut contenir cent cinquante lastes. Les flûtes de cette grandeur n'ont qu'un seul pont.
Celles qui ont cent vingt cinq pieds de long, vingt quatre pieds de large, & douze pieds de creux, sont du port de deux cents lastes.
Mais on donne aux flûtes qui sont destinées pour le commerce & la navigation du Nord, deux pieds de creux de plus qu'à celles de la mer Baltique, sur les mêmes proportions de longueur & de largeur. La raison en est qu'il faut beacoup plus de place pour du bois, à cause de la matiére & de l'arrimage, que pour des grains.
Les Flûtes qui vont au Nord ont souvent au dessus du virevaut une petite couverte, ou espéce de dunette, de huit à dix pieds de long, & quelquefois le milieu du tillac n'en est point fermé, c'est-à-dire, entre le grand mât & le mât de miséne, afin d'y pouvoir mieux arrumer le bois.
Au reste la largeur de cette sorte de bâtimens est fort souvent de la cinquiême partie de leur longueur. On y fait des trous ronds dans le vibord, à l'avant & à l'arriére, pour servir de faux-sabords.
On met à l'avant, en dehors contre l'étrave, aux Flûtes qui n'ont point d'éperon, des courbatons, ou des jottereaux. Celles qu'on fait étroites donnent lieu d'épargner sur les manoeuvres courantes & dormantes, sur les ancres, sur les cables, & sur le nombre des gens qu'il faut pour les monter. On ne tient pas les équipages des Flûtes qui naviguent au Nord, & dans la mer Baltique, si sorts que ceux qui vont à l'Oüest, parce qu'à l'égard des premiers il n'y a pas tant d'aparence de guerre qu'à l'égard des derniers. On sert à manger, sur ces premiers bâtimens, sans rations ni mesure, & tant que les équipages en désirent; mais sur les derniers, on y regarde de plus près, & les portions sont réglées.
Voici encore un devis d'un autre Maître Charpentier, d'une Flûte de cent-trente-deux pieds de long, trente pieds de bau, treize pieds six pouces de creux, & six pieds six pouces de hauteur entre deux ponts.
La quille avoit cent-quatorze pieds de long, deux pieds quatre pouces de large, & deux pieds d'épais. L'étrave avoit un pied deux pouces d'épais, & seize pieds de quête. L'étambord avoit un pied trois pouces d'épais & deux pieds trois pouces de quête. Le grand gabarit avoit trente pieds de large au premier pont, vingt-six pieds trois pouces au second pont, & vingt-quatre pieds à la lisse de vibord. Il y avoit deux pieds cinq pouces à l'équaire dans les fleurs. Les côtes qui étoient sur la quille, avoient neuf pouces d'épais; celles qui étoient dans les fleurs, neuf pouces; & à la baloire elles en avoient six. Les baux du premier pont avoient un pied deux pouces d'épais, & un pied quatre pouces de large. Les baux du haut pont avoient huit pouces d'épais, & dix pouces de large. Ceux des gaillards d'avant & d'arriére, avoient cinq pouces d'épais, & six pouces de large; & ceux de la dunette, quatre pouces d'épais & cinq pouces de large. La carlingue avoit huit pouces d'épais, & deux pieds deux pouces de large. La vaigre d'empature avoit cinq pouces d'épais, la serre bauquiére cinq pouces, & les autres vaigres quatre pouces & demi. Les serre-goutiéres & les faix de pont avoient aussi cinq pouces d'épais; les planches qui couvroient le premier pont, deux pouces & demi; celles qui bordoient le second pont, deux pouces; celles qui bordoient les gaillards, un pouce & demi; & celles qui couvroient la dunette, un pouce & un quart. Tout le franc-bordage, ou bordage extérieur, étoit de quatre pouces d'épaisseur.
On tient les Flûtes, qui sont destinées pour les voiages de long cours, comme aux Indes, bien plus fortes de bois que les autres, on y met de doubles cadènes de fer aux porte haubans, afin que les haubans en soient plus fermes. On donne à cette sorte de bâtiment beaucoup de revers à l'arriére, afin que la chambre du Capitaine soit plus grande; & comme ce grand revers afoiblit le vaisseau, on met dans tout l'arriére des côtes & des barres d'arcasse très-fortes, & capables de le bien soutenir. La fosse aux cables est à l'avant, dans le bas, & n'est séparée que par deux portes.
Les Flûtes naviguent bien, & perdent peu de vent, parce qu'elles sont étroites. Les dalots en sont quarrez, & garnis de cuivre. La dunette est plus souvent séparée en trois, & la place où le Timonier se tient, qui d'ordinaire est découverte dans les flûtes, a un petit couvert dans celles-ci. La chambre qui est au dessous de celle du Capitaine est aussi séparée en trois qu quatre parties, pour y mettre le biscuit, les utensiles du vaisseau, & ceux du Canonier; & au dessous il y a une fosse, parquet, ou espace séparé, qui sert de soute aux poudres; & derriére cette soute, auprès du gouvernail, il y a une autre fosse, qui descend plus bas, pour y ferrer ce qui se trouve gâté, ou hors d'état de servir, & d'autres petites choses peu considérables. Le cabestan est si proche du mât que les barres y touchent presque en virant; mais en lui assignant sa place il faut bien prendre garde à ce qu'elle ne se rencontre pas sous un bau, de peur que le bau ne l'empêche de virer comme il faut. Tous les angles de l'étrave & de l'étambord sont garnis de cuivre.
Enfin ces fortes de Flûtes ont ordinairement, à l'avant, un peu plus d'acastillage que les autres, aiant un petit gaillard, dans la chambre duquel on descend par quelques marches. Il y a soixante ans que tous les vaisseaux qui alloient aux Indes, de quelque espéce qu'ils fussent, étoient ouverts à l'avant, & sans gaillard; & les cabanes pour coucher les gens de l'équipage y étoient stables de chaque côté. On descendoit de dessus le haut pont, par un petit degré, dans la sainte-barbe qui baissoit jusqu'au niveau du faux-pont, avec lequel toutefois elle n'avoit aucune communication. Les soldats couchoient au milieu du faux-pont, & à-côté étoient arrimez les mâts & les autres bois, qu'on y faisoit entrer par un sabord de l'arriére, de même qu'on le pratique encore aujourd'hui, à l'égard des bâtimens destinez pour le Nord, à l'arriére desquels on fait un trou pour les charger.
Le faux-pont avoit très-peu de hauteur. Il y avoit une écoutille ouverte, par où les soldats passoient, & une grande écoutille à caillebotis pour donner de l'air. Aujourd'hui on fait les vaisseaux des Indes plus relevez & plus acastillez à l'arriére, qu'on ne faisoit en ce tems-là".
Copyright © 1996 Lars Bruzelius.